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La guerre contre le terrorisme ou l'Iliade revisitée

(Les Di@logues Stratégiques® N°59 - 10/07/05)

Version Anglaise

"Tout ce qui se passe depuis la fin de la Guerre froide, y compris la mise sous tutelle graduelle du pétrole et du gaz arabes par les grandes compagnies occidentales, l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, l'exportation de la démocratie et les pressions exercées afin d'empêcher les pays musulmans d'accéder au rang de puissances nucléaires, rappelle le bras de fer entre les Achéens européens et les Troyens asiatiques.". Percy Kemp.
Après les attentats de Londres, nous retrouvons Percy Kemp pour un décryptage politico-historique de la situation.


Véronique Anger : Percy Kemp(1) , vous êtes consultant en relations internationales. Vous êtes en outre écrivain, et la dimension géopolitique est rarement absente de vos romans. Quelle lecture faites-vous des attentats perpétrés à Londres ce jeudi 7 juillet, quand des terroristes venus d'un monde dans lequel vous avez vécu, le monde arabo-musulman, s'en sont violemment pris à la Grande-Bretagne, un pays dont vous êtes issu ?
Percy Kemp : Comme vous le savez, je suis britannique par mon père, et arabe par ma mère. Dans les attentats que vous évoquez, je participe donc, d'une certaine manière, tout à la fois de la victime et du bourreau. De ce fait, vous comprendrez aisément que je ne souhaite pas réagir en qualité de consultant, fonction qui présuppose une distance par rapport à l'événement qui continue de m'interroger. Je vous livrerai néanmoins volontiers mon sentiment en tant qu'homme. Confronté aux attentats meurtriers de Londres, je ne peux m'empêcher de penser que cet événement relève d'une fatalité.

VA : Quelle fatalité avez-vous à l'esprit ? Est-ce le mektoub des Arabes ? Est-ce votre moitié orientale qui parle ?
PK : Cette fatalité est d'ordre purement historique et concerne plus particulièrement l'Occident. Il m'apparaît en effet que les attentats de Londres, tout comme les autres grands attentats terroristes qui les ont précédés, tels ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et ceux du 11 mars 2003 en Espagne, étaient prévisibles dès lors qu'à la faveur de l'effondrement du Bloc communiste, les puissances occidentales décidèrent d'étendre leur domination à l'Orient musulman. Le terrorisme arabo-musulman devint alors le corollaire inévitable de cette volonté de puissance occidentale. Il n'est point besoin d'être expert ou stratège pour comprendre ce que nous vivons. Il suffit de lire attentivement l'Iliade. Ce poème épique illustre en effet la puissance d'expansion des Achéens (qu'on appellera plus tard les Grecs) et leur installation sur les côtes d'Asie, par delà l'Hellespont. Hérodote et Thucydide verront d'ailleurs dans la guerre de Troie la première grande manifestation du conflit entre l'Europe et l'Asie, entre l'Occident et l'Orient. Et voilà que nos dirigeants nous font aujourd'hui revivre la guerre de Troie. Profitant de l'implosion de l'Union soviétique, ils reprennent militairement pied en Asie, après une absence d'un demi-siècle due à la décolonisation et à la Guerre froide, provoquant ainsi la réaction violente des Arabo-musulmans. Tout ce qui se passe depuis la fin de la Guerre froide, y compris la mise sous tutelle graduelle du pétrole et du gaz arabes par les grandes compagnies occidentales, l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, l'exportation de la démocratie et les pressions exercées afin d'empêcher les pays musulmans d'accéder au rang de puissances nucléaires, rappelle le bras de fer entre les Achéens européens et les Troyens asiatiques.

VA : Le président américain George W. Bush puiserait, dit-on, son inspiration dans la Bible, et plus particulièrement dans le Livre de la Révélation. Ne seriez-vous pas en train de faire la même chose avec l'Iliade ?
PK : George Bush a une vision manichéenne de la Bible, laquelle est dominée par la lutte entre le bien et le mal. C'est une vision tout en noir et blanc qui ne fait pas de place au gris. J'ai, quant à moi, une vision historique de l'Iliade. L'Iliade ne traite d'ailleurs pas du bien et du mal. Les Grecs n'y sont pas décrits comme des gentils civilisés et les Troyens comme de méchants barbares, et cette absence de jugement de valeur est d'autant plus remarquable qu'il y a, dans l'Iliade, un parti pris évident pour les Grecs. George Bush se sert en outre du Livre de la Révélation pour agir et façonner le monde. Je cherche, quant à moi, dans les chants d'Homère, une grille de lecture me permettant de mieux comprendre l'ethos occidental et d'interpréter à la lumière de cela les événements auxquels nous sommes confrontés. Ainsi, nous savons à présent que le régime de Saddam Hussein ne détenait pas d'armes de destruction massive et qu'il n'entretenait pas plus des liens avec le terrorisme. Nous savons, par conséquent, que toute notre guerre contre l'Irak avait été fondée sur un tissu de mensonges et que George Bush et Tony Blair sont des menteurs. Or, dans l'Iliade, il est clair que la guerre de Troie n'avait pas pour cause le rapt d'Hélène, femme de Ménélas, frère d'Agamemnon, par Pâris, fils de Priam de Troie. Pâris n'avait ravi Hélène à Ménélas qu'au sens premier du terme : il l'avait en réalité séduite et elle l'avait suivi de son plein gré. En s'attaquant à Troie, Agamemnon ne pensait en fait qu'à s'approprier les richesses immenses de la ville et à venger l'honneur bafoué d'un frère cocu. Le rapt d'Hélène ne fut qu'un prétexte utilisé par Agamemnon pour rallier ses alliés à la cause des Atrides. C'était aussi bête que cela. Aussi bête, en fait, que les fausses raisons invoquées par Bush et Blair afin de convaincre leur opinion et leurs alliés de les suivre dans leur guerre contre Saddam. Et quand, lisant l'Iliade, je me rends compte que Bush ne fait pas autre chose qu'Agamemnon, je dors mieux la nuit.

VA : Qu'entendez-vous par là ?
PK : Je veux dire qu'en tant qu'homme, je me devais, d'une manière ou d'une autre, de résoudre les contradictions qui me hantaient et me faire à l'idée que notre guerre contre l'Irak était fondée sur le mensonge. Je me devais de même de me réconcilier avec cet autre fait que, malgré leurs mensonges flagrants, les leaders de la coalition occidentale furent par la suite brillamment réélus par leur peuple qui se trouve aussi être mon peuple. Enfin, je me devais de me réconcilier avec le fait que les leaders occidentaux qui avaient au départ refusé de suivre Bush en Irak, ont fini par se rallier à sa cause et lui donner un blanc-seing. Or, c'est l'Iliade qui m'a permis de résoudre toutes ces contradictions, de me réconcilier avec moi-même, et de mieux dormir la nuit. Car ce que l'Iliade nous apprend, c'est que les faux prétextes invoqués par Agamemnon, protecteur de son peuple, pour lancer sa guerre contre Troie, n'enlèvent rien à sa gloire de roi. Et pourquoi cela ? Parce que, par delà les buts mesquins qu'il poursuit en s'attaquant à Troie (venger un frère cocu, s'emparer d'un fabuleux butin), Agamemnon sert un dessein bien plus grand que lui. Agamemnon symbolise la volonté de pouvoir des Grecs, et il personnifie leur puissance d'expansion. C'est cela, que l'Iliade m'apprend. L'Iliade me permet d'aller au-delà des mensonges maladroits de Bush, au-delà de la cupidité de Dick Cheney, au-delà de l'esprit revanchard de Donald Rumsfeld, au-delà du manque de courage physique de Paul Wolfowitz, au-delà, même, de l'avidité de Halliburton et des compagnies pétrolières, pour ne voir dans la guerre d'Irak et dans le projet américain d'un Grand Moyen-Orient, que l'expression objective d'une volonté de puissance occidentale dépassant la subjectivité et les calculs personnels des uns et des autres. Tout s'éclaire alors et je comprends qu'il me faut choisir. Soit j'accepte de participer à cette volonté de puissance qui me permet de propager dans le monde entier les valeurs de liberté, de démocratie et de bonne gouvernance, qui sont miennes, auquel cas je suis Bush-Agamemnon dans son aventure, soit alors je refuse. Mais dans les deux cas, j'aurai résolu mes contradictions, je me serai réconcilié avec moi-même et je dormirai mieux la nuit.

VA : N'est-ce pas faire trop d'honneur à Bush, que de le comparer à Agamemnon ? N'est-ce pas, en même temps, risquer de lui donner raison?
PK : Une nouvelle fois, il ne s'agit pas pour moi de porter un jugement moral sur le président Bush ou sur le roi Agamemnon. Historiquement, la comparaison entre les deux hommes tient. L'un comme l'autre sont " des héros bénis des dieux ", et c'est là une question de situation, non de valeur personnelle. D'ailleurs, l'Atride Agamemnon n'était sans doute ni moins orgueilleux, ni moins faillible, ni moins vénal que le Texan George Bush. Nous pourrions en outre égayer notre propos en comparant les leaders occidentaux d'aujourd'hui aux chefs des Grecs coalisés lors de la guerre de Troie. Outre l'Américain Bush en Agamemnon, je verrais bien l'Israélien Sharon en Ménélas incitant son frère aîné le grand roi Agamemnon à aller combattre les Troyens qui lui avaient causé un tort personnel. Je verrais aussi le Britannique Blair en Ulysse, plus rusé que puissant, et plus ingénieux que riche. Le Français Chirac, doyen d'âge du G8, serait le vieux Nestor, le seul qui combatte sur un char, et le seul, aussi, qui ne tue personne sous les murs de Troie (si l'on excepte Valéry Giscard d'Estaing...). Quant à l'Italien Berlusconi, je le verrais bien en Thersite, piaillant, persiflant et semant la zizanie.

VA : Auquel cas, qui serait Achille, le plus glorieux et le plus redoutable des guerriers et la figure même du héros dans la mythologie grecque?
PK : D'Achille, hélas, il n'y en a point dans notre Iliade à nous. Car il ne saurait y avoir d'Achille sans Hector. La gloire d'Achille est à la mesure de celle d'Hector. Or, nous refusons à l'autre tout héroïsme. Nous lui dénions toute valeur, tout courage. Saddam, on le sait, n'est qu'un dictateur sanguinaire, Ben Laden un fou furieux meurtrier, Zarqawi un criminel de bas étage, les kamikazes musulmans des illuminés suicidaires, les guérilleros irakiens des drogués et des paumés, les talibans des désaxés, le nouveau président iranien un lâche preneur d'otages. Comment diable peut-on espérer se glorifier en combattant de tels ennemis ? César tenait sa gloire de Pompée, Richard Cœur de Lion de Saladin, Wellington de Napoléon, mais quel type de héros peut susciter en notre sein une guerre menée contre des fous, des maniaques, des désaxés, des lâches et des criminels ? Nous n'aurons notre Achille que lorsque nous aurons reconnu à l'autre camp son Hector. La même chose vaut d'ailleurs pour l'autre partie, la partie asiatique, qui refuse toujours de reconnaître un Achille dans le camp occidental.

VA : Il n'empêche que ce sont bien là des terroristes qui s'attaquent à des innocents.
PK : Vous avez sans doute raison. George Bush serait alors Saint Georges, et Oussama Ben Laden le dragon. Cela dit, je vous rappellerais que ces gens-là n'ont rien demandé à l'Occident, qui a fait irruption chez eux sans y être invité. Et cela ne date pas d'hier, puisqu'on avait déjà eu la colonisation, la création de l'Etat d'Israël et l'appui apporté par l'Occident à des régimes locaux en mal évident de légitimité. Le dragon n'est sorti de son antre que lorsque Saint Georges a voulu lui imposer sa loi. Mon propos n'est cependant pas de juger, mais de comprendre. Et pour comprendre, il me faut déplacer le débat du plan moral au plan historique. Or, historiquement, qu'est-ce que je constate ? Je constate qu'au lendemain de la guerre de 14-18, les puissances occidentales avaient refusé de permettre la création d'un Royaume arabe sur les ruines de l'Empire ottoman, préférant se partager les terres arabes. Plus tard, l'Occident s'est servi de l'Irak pour combattre l'Iran khoméiniste. Cela fait, l'Occident a sans hésiter cassé l'appareil d'Etat irakien. Il a de même aidé Israël à détruire la centrale nucléaire irakienne d'Osirak, il a mis l'Iran sous embargo et l'a affaibli, il a émasculé le Pakistan qui détenait la bombe islamique, et il a gardé la Turquie musulmane à distance, telle une maîtresse dont on aurait honte. D'un mot, l'Occident n'a jamais voulu qu'un pouvoir fort émerge chez les Musulmans. Comment s'étonner, après cela, que ces mêmes Musulmans, orphelins d'un Etat, se tournent vers les avatars modernes du Vieux de la Montagne et de la secte des Assassins ?

VA : Mais les torts passés ou présents de l'Occident-torts assumés ou non, et quels qu'ils soient- ne peuvent justifier les attentats et la mort d'innocents!
PK : L'innocence est une notion morale. Politiquement, cela n'a aucun sens. Politiquement, il n'y a que des morts embarrassantes et d'autres bonnes à exploiter. En revanche, ce qui est intéressant, c'est que les terroristes arabo-musulmans qui tuent des civils à New York, à Madrid, à Londres, mais aussi en Irak, le font sans distinction aucune de race, de nationalité ou de religion. En d'autres termes, la mort de civils, qu'ils soient britanniques ou irakiens, chrétiens ou musulmans, ne les embarrasse aucunement. Ils sont aussi coupés de leur propre société qu'ils le sont de la société occidentale qu'ils combattent, et ils estiment ne pas avoir davantage besoin de leurs propres coreligionnaires que des "Infidèles" contre lesquels ils luttent. C'est le principe du takfîr wa hijra -à savoir "l'excommunication et l'exil"- aux termes duquel le moujahid jette l'anathème sur la société dans laquelle il vit, avant que de la quitter et d'entrer en guerre contre elle.

VA : L'utilisation de l'arme du terrorisme serait ainsi un signe de faiblesse extrême. Est-ce à dire que la nouvelle guerre de Troie serait sur le point de se terminer ?
PK : Le terrorisme est effectivement l'arme du faible et les Troyens sont sans doute sur le point de succomber. Pourtant, rien ne dit que la guerre se terminera avec la chute de Troie. Car, comme l'écrivait Carl Schmitt, la guerre n'est pas une épreuve de force, mais une épreuve de volonté : n'est vaincu que celui qui se reconnaît comme tel. Or, les Arabo-musulmans, qui ne semblent pas avoir élaboré une véritable théorie politique de la défaite, ne s'avouent toujours pas vaincus. Par ailleurs, et puisque nous évoquons à nouveau la guerre de Troie, je vous rappellerai qu'en dépit de la victoire des Grecs, Enée, héros troyen, survécut à la chute de la ville, et ses descendants, nous dit Homère, régnèrent sur une petite partie de la Troade. Au quinzième siècle de notre ère, le sultan ottoman Mehmed II, tombeur de Constantinople, semblait d'ailleurs se reconnaître dans Enée et ses descendants. Passant un jour à proximité de Troie, il se serait écrié : "C'est à moi que Dieu réservait de venger cette cité et ses habitants : j'ai dompté leurs ennemis, ravagé leurs richesses (…) Car c'étaient des Grecs, des Macédoniens, des Thessaliens, des Péloponnésiens qui jadis avaient ravagé cette cité, et ce sont leurs descendants qui, après tant d'années, m'ont payé la dette que leur démesure impie avait contractée alors, et souvent par la suite, envers nous, les Asiatiques(2)". Qui peut dire si, dans quelque temps, un héros asiatique n'apparaîtra pas, qui, Troyen dans l'âme et se reconnaissant dans la descendance d'Enée, ne rabattra pas son caquet aux Occidentaux en leur faisant payer, tout comme Mehmed II autrefois, la dette que leur démesure aurait à son sens contractée envers les Asiatiques ? Car l'épopée des Grecs et des Troyens est une histoire à répétition, et tous les quelques siècles, on assiste à un retour de balancier. C'est en ce sens, justement, que j'ai débuté cet entretien en parlant de fatalité historique propre à l'Occident.

VA : Y aurait-il, à votre avis, moyen d'échapper à cette fatalité, de rompre ce cercle vicieux ?
PK : La réponse à votre question se trouve peut-être dans l'Iliade. A en croire Homère, dans cette guerre entre Grecs et Troyens, les divinités de l'Olympe se partageaient entre les deux camps : alors que Poséidon et Athéné bataillaient avec les Grecs, Apollon et Arès combattaient dans les rangs des Troyens. Grecs et Troyens adoraient les mêmes dieux, et Priam ne faisait pas moins qu'Agamemnon des sacrifices à Zeus. Qu'est-ce à dire, sinon que les Grecs et le Troyens n'étaient pas tant séparés par la religion que par un simple détroit, l'Hellespont ? Rien à voir, bien sûr, avec la nouvelle guerre de Troie. Le dieu de Bush n'a rien de commun avec celui de Ben Laden. Dans sa préface à l'Iliade, Pierre Vidal-Naquet fait par ailleurs remarquer qu'un roi de Chios (un Grec, donc) s'était appelé Hector (un nom Troyen), qu'il y eut un culte d'Hector à Thèbes, qu'une des phratries de Thasos, au cinquième siècle avant notre ère, avait pris le nom de Priam, et que huit siècles plus tard on pouvait encore voir, à Troie, une statue d'Hector faisant face à une autre d'Achille(3). A croire que cette guerre était moins une guerre entre civilisations différentes qu'une guerre fratricide. Si l'on veut, aujourd'hui, échapper à la fatalité de la guerre entre l'Occident et l'Orient, il faudrait reconnaître que la civilisation judéo-chrétienne et la civilisation arabo-musulmane ne sont que les avatars d'une réalité unique. Car, qu'est-ce, finalement, que l'Orient, si ce n'est le Levant ? Et qu'est-ce que l'Occident, si ce n'est le Couchant ? Or, qu'il soit au Levant ou alors au Couchant, le soleil, Hélios, ne reste-t-il pas toujours le même ?

VA : Nous avons néanmoins bien du mal à le reconnaître, comme l'atteste l'opposition féroce -au sein même de l'Europe- à l'entrée de la Turquie musulmane dans l'Union.
PK : C'est bien vrai. Zeus, Puissance souveraine, peut avoir autant de sympathie pour les Troyens qu'il en a pour les Grecs, mais en dessous de lui les dieux moins importants de l'Olympe n'en continuent pas moins de régler leurs comptes par humains interposés. Or, tant que cela sera le cas, tant que nous accepterons de jouer le jeu des divinités mineures, nous revivrons, encore et encore, inlassablement, cette guerre de Troie qui nous colle à la peau tel un karma, et nous ne réussirons pas à sortir de l'Iliade où les divinités se jouent de l'homme, pour rejoindre L'Odyssée où l'homme commence réellement à s'approprier son destin.

(1) Le nouveau roman de Percy Kemp "Et le coucou, dans l'arbre, se rit de l'époux" (Editions Albin Michel)
(2) Je vous renvoie là à la préface de Pierre Vidal-Naquet, dans l'Iliade (trad. Paul Mazon) Paris. Gallimard (1975, pp. 5-6)
(3) Iliade, op. cit., p. 26