(Les Di@logues Stratégiques® N°26 - 03/02) "L'AFNET propose une réflexion nouvelle autour de trois grands axes : scientifique, sociétal, économique. Nous sommes investis d'une mission : aider les entreprises et les institutions et, plus largement, la nation, à comprendre et à intégrer les nouveaux enjeux pour pouvoir inventer et innover au lieu de camper sur des positions défensives destructrices.". Tel est le message de Richard Collin* et d'Anita Rozenholc**, vice-présidents de l'Association Française des Utilisateurs du Net, du e-business et de la société en réseau (AFNET). Véronique Anger : Quel est le rôle de l'AFNET ? Vous êtes les vice-présidents de l'AFNET, pourquoi avoir choisi de vous investir dans cette association ? Richard Collin : L'AFNET représente un lieu d'expression des idées, de formalisation des propos, autour d'un certain nombre de sujets. Nous organisons des groupes de travail et des débats sur la e-transformation, l'intelligence territoriale, le e-business, la notion et la mutation du travail, l'organisation des entreprises dans la net économie, l'accès à la technologie, la mesure réelle des enjeux de la société de l'information et de la connaissance… Notre propos est d'éditer un livre blanc, d'animer des communautés de travail dans le cadre deNET 2002 (cf. encadré en fin d'article), d'organiser chaque mois des séances de réflexion, des dîners-débats, pour mieux cerner les enjeux de la société en réseau que nous sommes en train d'intégrer. A titre d'exemple, les participants au dîner-débat du 13 février dernier(1) ont pu confronter leurs opinions sur plusieurs de ces thèmes avec de "grands témoins" : Jean-François Pilliard, DRH du groupe Schneider et Président de l'AFPA ; Alain d'Iribarne, spécialiste d'économie et de sociologie du travail, Directeur de recherches au CNRS ; Serge Leroux, syndicaliste et ancien responsable de recherche à la CGT. Anita Rozenholc : L'AFNET incarne un espace libre où patrons, syndicats, salariés, administrations, collectivités locales, universitaires, fournisseurs, utilisateurs… peuvent se rencontrer et débattre sans parti pris dogmatique. Si les membres sont politiquement situés -ils ont un système de valeurs, des messages à faire passer, des idées à défendre- ils n'ont, en revanche, aucun fil à la patte… VA : L'AFNET est issue de l'AFUU ? RC : Historiquement à vocation technologique, l'AFUU manquait un peu d'envergure. Il était temps de réfléchir aux véritables enjeux (économiques et sociétaux, autant que technologiques) de la e-transformation des entreprises dans la net économie. Il devenait également urgent d'échanger les expériences et les pratiques sur les plans technologique et organisationnel, en réunissant à la fois des utilisateurs, des fournisseurs... Dans un monde en complète transformation, des principes généraux (l'ouverture des systèmes, la fin des monopoles quels qu'ils soient) et des idées fortes sont défendus afin d'alerter la société française sur les enjeux liés aux problèmes de la transformation stratégique. Pour réussir, nous devons nous affranchir d'un champ strictement académique, d'un discours strictement libéral, sortir des strictes logiques institutionnelles pour enfin travailler ensemble. Ce lieu existe à l'AFNET. Tout en conservant l'esprit de l'AFUU, Pierre Faure, président de l'AFNET, Anita et moi-même, avec le soutien de tous les membres, essayons de transformer l'AFNET en un lieu ouvert à la réflexion, à la communication, à la sensibilisation, mais avec une philosophie plus militante. VA : Comment s'y prend-on pour monter une communauté de travail à l'AFNET ? De quelles manière choisissez-vous vos sujets d'études ? AR : Il suffit de créer un groupe de travail sur un thème lié à la e-transformation, puis de convaincre d'autres personnes de contribuer. Nous dépensons beaucoup de temps et d'énergie à essayer de raccourcir les temps d'appropriation de la connaissance de la société de l'information. Nous avons la faiblesse de croire que si nous y parvenons, nous réussirons peut-être à diminuer les périls qui nous guettent. Prenons un exemple en France. Nous pensons que plusieurs millions de salariés sont menacés de licenciement parce qu'ils effectuent un travail répétitif. Plus tôt, aurons-nous conscience de cette situation, plus vite mettrons-nous en place des programmes de requalification professionnelle. La société en réseau n'offre pas uniquement de nouvelles perspectives et des opportunités à saisir. Elle met aussi beaucoup de monde et d'entreprises en danger. Il reste peu de temps pour réagir. La grande manifestation NET2002 a pour objectif de sensibiliser les Français à ces questions. VA : Alors que la campagne électorale pour les présidentielles bat son plein, ces sujets essentiels sont occultés… RC : Je suis également frappé par le déficit de débat public dans ce domaine. Le journal " Enjeux-Les Echos " consacrait, mi-février, un article à la phobie technologique. Un certain nombre de leaders d'opinion constataient que cette société en réseau et ces nouvelles technologies introduisaient des phénomènes de changement et de rupture. Ils se refusaient toutefois à les prendre en compte, car cela bouleverse fondamentalement les jeux de pouvoirs et les dispositifs sociaux. La technologie devient ainsi le bouc-émissaire, l'alibi idéal, pour constituer un groupe de pression collectif afin de résister à des changements pourtant inéluctables (N'est-ce pas "La faute à la technologie" ? "Tout va trop vite !", etc.). Des logiques de résistance s'organisent, permettant aux "seigneurs du château" de conserver, un temps encore, leur pouvoir. Nous vivons une phase transitoire, avec des ruptures successives plus ou moins longues. Ces bouleversements effraient et déstabilisent. Plus qu'une fracture numérique, se dessine alors une fracture conceptuelle. Pour tenter de l'enrayer, l'AFNET propose une réflexion nouvelle autour de trois grands axes (scientifique, sociétal, économique). Nous sommes investis d'une mission essentielle : aider la nation à comprendre et à intégrer les nouveaux enjeux pour pouvoir inventer et innover au lieu de camper sur des positions défensives destructrices. VA : L'AFNET déclenche le signal d'alarme ? AR : Si les politiques sont incapables de poser les vrais problèmes (en particulier en pleine campagne électorale) notre rôle de militant nous y contraint. De plus en plus, les lieux de pouvoir territoriaux se situent dans les régions et à l'échelon mondial. En d'autres termes, l'espace de pouvoir de l'Etat rétrécit de jour en jour, pareil à une peau de chagrin. Allez surfer sur les sites des partis politiques et vous remarquerez qu'aucun d'entre eux n'ose poser les vraies questions. Par exemple, un vrai débat sur "la mesure du travail dans la société de la connaissance" ne pourrait considérer les 35 heures comme critère de mesure… Voyez également comme il est difficile de dire la vérité sur la fonction publique, avec ses "faux emplois" et son statut bloquant, ou encore sur les médecins. En l'état actuel de mes connaissances, je trouve normal d'augmenter leurs honoraires. Cela dit, qu'a-t-on exigé en échange, quelle valeur ajoutée pour les patients ? Ni modernisation, ni mise en place d'un réseau de compétences, ni obligation de remise à niveau. A l'AFNET, nous pensons qu'il est nécessaire et urgent de dire les choses autrement, et sans langue de bois. RC : Notre démarche vise justement à conduire la société française à réagir rapidement pour préserver l'équilibre même de la nation, la performance des entreprises, la compétitivité des territoires. Il faut se rendre à l'évidence : nous avons pris du retard. Selon le rapport sur la compétitivité mondiale de Stéphane Garelli(2) la France a reculé au 12ème rang. Ce classement devrait nous alarmer. AR : Nous pensons encore avec une mentalité datant de la grande époque de la sidérurgie et du charbonnage... Nous cherchons toujours un "ruban à couper"… Interrogez les élus à propos de nouvelles technologies, la plupart d'entre eux vous répondront "hauts débits", parce qu'il s'agit de réseaux "physiques". La France n'a rien compris. Elle n'admet pas qu'elle puisse régresser sous prétexte que, par le passé, elle était leader mondial dans une industrie économique puissante. Cette prise de conscience est absolument nécessaire. (1) Les comptes rendus des dîners-débats sont accessibles sur le site de l'AFNET :http://www.afnet.fr (2) http://www.garelli.ch/french/index.htm *Richard Collin est ingénieur, diplômé en sciences sociales. Expert reconnu dans le domaine du Knowledge Management, du capital intellectuel, du e-learning et de la stratégie du changement des organisations, il est directeur associé de i-KM et co-fondateur de KMforum (30 septembre et 1er octobre prochains à Paris - Palais des Congrès). KMforum devient, pour sa 5ème édition, le 1er Forum du management des connaissances et du développement des compétences. Organisé en paralléle avec MAIT'S, salon international du e-learning et des nouvaux medias pour la formation, il devient un événement complet (salon, conférences, networking) pour répondre à l'enjeu essentiel des entreprises et organisation : la valorisation et le développement du capital intellectuel et humain. En janvier 2000, le magazine 01 Informatique l'a désigné comme l'un des huit " managers du futur ". Biographie. **Anita Rozenholc est ingénieur et experte en Société en réseau. Elle a débuté sa carrière comme fonctionnaire de l'INSEE. Après plusieurs années au Ministère de la justice, elle rejoint, dans les années 80, François-Henri de Virieu à (ex) "Antenne 2" comme conseillère à la rédaction et co-productrice de " L'heure de vérité ". Bernard Attali lui confiera ensuite une mission sur les nouvelles technologies et l'aménagement du territoire à la Délégation à l'Aménagement du Territoire (DATAR). Conseillère du Secrétariat général du gouvernement Jospin, elle reçoit la légion d'honneur comme cadeau de départ à la retraite… Elle intégrera finalement une société de consultants, CORTEAM, en tant que spécialiste des questions liées à l'intelligence territoriale, l'organisation du travail, et la société de la connaissance. Dans le même temps, elle participe à diverses tables rondes dans le cadre de l'association "AFUU" et à des travaux du Conseil de l'Europe. Anita Rozenholc est également l'auteur de deux ouvrages sur le télétravail. L'AFNET EN BREF LES MISSIONS DE L'AFNET : Inventer et accompagner une e-transformation durable : Partager et promouvoir les meilleurs usages internationaux de l'Internet et du e-business Partager et améliorer la compréhension des technologies les plus avancées Agir pour permettre leur accès au plus grand nombre Développer de nouvelles solidarités, de nouveaux espaces de liberté, de nouvelles formes d'organisation des entreprises Intégrer en permanence l'innovation. LES VALEURS DE L'AFNET : Excellence, innovation, ouverture, partage, engagement, indépendance. LA COMPOSITION DE L'AFNET : Des membres : membres fondateurs (entreprises), membres participants (entreprises, institutions,…), membres individuels (hérités de l'AFUU). Des permanents : 2 assistantes, 1 responsable technique (site web), 1 personne chargée de la rédaction de la Lettre de l'AFNET et du suivi du contenu. Un conseil d'administration. |