Charité bien ordonnée commence par soi-même…

(Interview de Véronique Anger-de Friberg par Michel Lavergne. 25 septembre 2009)

Dans mon livre, je pose des questions simples et j’essaie d’y répondre. Doit-on accepter, sous prétexte de bonnes intentions un nouveau dogme religieux ? Doit-on dénoncer les excès d’une religion qui cherche à imposer « sa » vérité coûte que coûte ou l’accepter sans discuter ? A qui profite le crime, autrement dit, à qui profite l’écolomania ? ». Ces propos* sont ceux de Véronique Anger, auteur de La dernière Croisade. Des écolos aux écolomaniaques.

Michel Lavergne : Tu es française… tu vis à Québec, qui es-tu Véronique Anger-de Friberg ?
Véronique Anger : Je suis journaliste et auteur. Il suffit de taper mon nom dans Google pour trouver des infos sur moi sur internet, sur mes sites. Je rédige une publication en ligne, Les Di@logues Stratégiques, depuis 2000.
Je suis aussi très active sur Facebook, qui est une « annexe » dynamique de mon blog. C’est d’ailleurs grâce à Facebook que j’ai rencontré mon éditeur, Nicolas Grondin des éditions L’Arganier, qui publie mon livre à partir du 24 novembre prochain dans la collection « Pertinences ».

Je vis depuis quelques années au Québec, avec mon écrivain de mari Patrick de Friberg… et mes 2 chiens, au milieu de la nature. Sur les falaises et dans la montagne vivent des animaux sauvages : des orignaux, des ours, des loups, des gros chats, des coyotes,… On a parfois la chance de recevoir la visite d’un cerf de Virginie et de sa compagne. Un renard a élu domicile dans le jardin, de même que des marmottes, des ratons laveurs, des castors, des écureuils, un tas de petites bêtes qui cohabitent avec mes 2 chasseurs… L’été, on remonte la rivière jusqu’aux chutes et on se baigne avec les castors et les truites ! Pour qui aime la nature sauvage, c’est un endroit magique. Tu connais le Québec mieux que moi… tu vois ces couleurs qui démarrent. C’est splendide ! Si on a de la chance, tu filmeras peut-être une formation d’oies en route vers le sud… Cet instant où les oies survolent le fleuve au printemps et à l’automne, c’est un instant magique et émouvant. Si je devais quitter le Québec et ne retenir qu’une image, ce serait celle-là.

ML : Pourquoi ce livre ? Quel a été l’élément déclencheur ?
VA : Je citerais 3 éléments déclencheurs. Tout d’abord, le célèbre discours prononcé par le président Chirac au Sommet de la Terre à Johannesburg, « La maison brûle et nous regardons ailleurs », en septembre 2002. J’ai compris qu’on entrait dans une nouvelle dimension… Ensuite, le lynchage médiatique du scientifique Claude Allègre, en réaction à son article publié dans L’Express en octobre 2006 et dans lequel il osait émettre des doutes sur les causes profondes du réchauffement climatique. Enfin, les remarques angoissées de mon neveu Tristan et de ses camarades d’école (12 ans en 2007) qui se demandaient comment ils pourraient survivre jusqu’à 50 ans dans un monde aussi pollué. L’un d’eux a même menacé de se suicider si les gens ne se décidaient pas à faire plus d’efforts pour sauver la planète ! On ne cesse de leur asséner que la planète est en surchauffe et promise à la destruction. Là, j’ai dit « stop ! » et j’ai décidé de réagir en commettant ce pamphlet.
Je refuse de m’associer à cette « mise en scène de la peur » pour reprendre l’expression du philosophe Michel Serres (1). La peur fait vendre. La peur de manquer, de souffrir, de mourir, la peur d’avoir peur... L’instrumentalisation de la peur reste une arme de choix et, comme le disait Machiavel, « qui contrôle la peur contrôle les âmes »… Je dénonce le messianisme à la Al Gore, repris en France par Yann Arthus Bertrand notamment, devenu le grand messie de la cause climatique avec son film Home auquel je consacre d’ailleurs un long passage critique dans mon livre.
Je mets aussi en garde contre les dangers du dogmatisme et j’établis un parallèle entre le discours religieux et le discours écologiste alarmiste. Je démontre que le vocabulaire religieux, les références aux croyances et aux peurs millénaristes, la crainte du châtiment divin (la fin de l’humanité qui a péché reste une valeur sûre…), la nature sacrée de Mère-nature, les rituels sociaux, la volonté d’imposer une définition du bien et du mal, la pensée magique, la désignation de boucs émissaires,… sont autant de signes qui évoquent l’émergence d’une nouvelle religion intolérante. Vous avez trop joui de la vie, trop bouffé, trop fumé, trop consommé, trop pollué,… ? Vous irez en enfer !

Si la religion constitue un lien social, elle peut aussi conduire à la désagrégation d’une société fragilisée en temps de crise. Et le monde est en crise. Il cherche des responsables à tous ses maux. Quand des leaders charismatiques parviennent à convaincre une majorité d’individus angoissés qu’un groupe bien identifié (de préférence la minorité qui doute ou pose des questions dérangeantes) nuit à la communauté tout entière, cela ne peut conduire que vers une seule issue : la violence collective et le sacrifice de boucs émissaires. La foi obligatoire ou le châtiment ; la foi fervente ou le bûcher… Le climatologiquement correct, c’est la croisade des Temps modernes. C’est la religion du IIIème millénaire.

ML : Tu veux dire que tu n’es pas d’accord avec les théories scientifiques des écolo-alarmistes ?
VA : Je ne suis pas une scientifique, encore moins une spécialiste du climat. Je te dirais, qu’à la limite, je me contrefiche de savoir qui a raison ou tort... Je suis consciente, comme la plupart des populations des pays riches, qu’il faut modifier nos comportements et nos modes de consommation, arrêter de gaspiller les ressources naturelles, se montrer plus respectueux vis-à-vis de ceux qui manquent de tout et mieux répartir les richesses. Cela ne se discute même pas pour moi.
Je pose un regard de citoyen. Un citoyen qui s’estime légitime pour s’exprimer librement sur le dérèglement climatique. En tant que professionnelle habituée à décrypter les phénomènes sociaux, il m’a également paru intéressant d’apporter un regard novateur et de partager une analyse très documentée sur un phénomène unique en son genre par son caractère universel et admis comme incontestable par la plupart des gouvernements de la planète.

Ce que je dénonce, ce ne sont pas les thèses plus ou moins fumeuses sur le réchauffement, ou le fait que nous en serions ou non responsables. C’est qu’il est devenu impossible dans la France d’aujourd’hui de débattre sans s’écharper, sans se haïr. Il est interdit de s’opposer aux discours dominants (cela n’est pas propre à la religion écolomaniaque, c’est vrai aussi en politique où le sectarisme est devenu la norme). On est pour ou contre, on ne voit plus qu’un allié ou un ennemi et non un adversaire ou un défi à relever, celui de convaincre avec des arguments pesés et fondés sur des sources fiables. On est celle ou celui qu’il faut soutenir ou abattre. De plus en plus, le débat donne l’impression d’un combat à mort… La liberté de penser autrement existe de moins en moins. Quand un système privilégie la culpabilité qui inhibe à la responsabilité qui rend libre, je m’inquiète, et je pose des questions simples auxquelles je tente de répondre : Doit-on accepter, sous prétexte de bonnes intentions un nouveau dogme religieux ? Doit-on dénoncer les excès d’une religion qui cherche à imposer « sa » vérité coûte que coûte ou l’accepter sans discuter ? A qui profite le crime, autrement dit, à qui profite l’écolomania ?

ML : … et alors, à qui profite le crime ?
VA : Et bien, pour le savoir, il faudra lire le livre… Mais, ce qui est sûr, c’est que le « vert » est dans le fuit… Plus sérieusement… pendant que la foule crie au loup, on ne s’occupe pas des urgences. Au nom des générations futures, on est en train de sacrifier les nécessiteux sur l’autel du développement durable. En dépit des beaux discours, on ne parvient pas à gérer à la fois nos urgences et les leurs. Des êtres humains, dont le seul tort est d’être loin de nos yeux donc loin de nos cœurs, sont martyrisés ou meurent de faim dans une indifférence quasi générale. On ne peut résoudre plusieurs problèmes à la fois, alors on fait le choix –conscient ou non- d’ignorer ces millions de gens en espérant que leur sacrifice permettra au moins de sauver le reste de l’humanité.
En 2008, 119 millions de personnes de plus se sont retrouvées dans une situation de famine et, au total, ce sont 967 millions qui souffrent de malnutrition selon le dernier rapport Oxfam. Pourtant, contrairement aux promesses faites par les pays développés en avril 2008 (suite aux « émeutes de la faim ») la mobilisation internationale ne s’est pas ou peu concrétisée. Les pays riches sont trop occupés à gérer la crise des subprimes...

Dans une discussion, si vous osez faire remarquer que l’importance de la cause climatique l’emporte sur l’urgence de sauver ceux qui meurent aujourd’hui, vous trouverez toujours un donneur de leçons pour vous affirmer que l’un ne va pas sans l’autre évidemment. Si c’était vrai, où sont donc les dons, promis la main sur le cœur, pour lutter contre la faim ? Il semblerait bien que, en dépit des beaux discours, charité bien ordonnée commence par soi-même…

(1) Philosophe, membre de l’Académie française, Michel Serres est l’auteur de nombreux livres dont Éloge de la philosophie en langue française (Fayard. 1995), Hominescence (Le Pommier. 2001) et Petites chroniques du dimanche soir (Le Pommier. 2006) inspiré de ses chroniques scientifico-philosophiques diffusées sur France Info.

*Propos recueillis par courriel par Michel Lavergne, le 25 septembre 2009

Notas :
- Visitez le site de l’auteur, Les Di@logues Stratégiques et son blog
- La vidéo de présentation du livre par l’auteur