Métier : "Passeur de savoirs"



Avec l'émergence du numérique et des réseaux sociaux...


... il est vital de maîtriser l'information pour entretenir sa réputation et développer son influence et sa notoriété. Savoir transformer l'information en connaissance et intégrer cette connaissance dans une culture d'entreprise ou de marque, qui rassemble décideurs, collaborateurs, clients et prestataires autour de valeurs partagées est essentiel:
Parce que la convergence numérique est déjà une réalité,
Parce que le contenu prime sur le support,
Parce que la communication du XXI° siècle sera numérique ou ne sera pas…
Parce que les idées sont faites pour essaimer, résonner et faire... raisonner !

Terrain de jeux...

La communication éditoriale (édition d'entreprise, rédaction d’articles et d’ouvrages sur des sujets divers : témoignages, récits, entretiens, storytelling, biographies de personnalités, de marques ou d'entreprises, livres promotionnels, de vulgarisation scientifique…)

L'événementiel (préparation et animation de tables rondes, conférences, colloques, relations publiques, relations presse)

La communication de crise (dans le cadre de conflits sociaux, de problèmes d’image ou de questions liées à la notoriété ou à la réputation).

Du lien et du sens...

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Contact : Véronique Anger.




NI HOMMES, NI DEMONS ?

Par Véronique Anger-de Friberg, janvier 2012

Quand le cinéaste Rithy Panh*, rescapé des camps de travail khmers rouges, questionne Kaing Guek Eav mieux connu sous le nom de Duch, 30 ans ont passé depuis la chute de l’Angkar, le parti communiste du Kampuchéa démocratique qui aura causé la mort de 1,7 million de Cambodgiens entre 1974 et 1979.
Duch, l’un des principaux organisateurs du génocide khmer rouge, qui dirigeait le camp de torture S-21, fuit ses responsabilités et prétend ne plus se souvenir : « Ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille à sa légende » écrit de lui Rithy Panh.

L’élimination[1], évoque la confrontation entre Rithy Panh et Duch, mais ne nous apprend pas grand chose de plus finalement sur la personnalité du chef tant redouté du camp S-21. Un chef qui minimise son rôle et fuit ses responsabilités, qui ose même « rire à gorge déployée » au cours de certains entretiens, précise le cinéaste. C’est aussi, et c’est là me semble-t-il l’un des aspects les plus intéressants de ce témoignage, une réflexion sur l’idéologie destructrice, sur l’essence même du mal : le mal à l’état pur. La « pureté », un terme qui n’a rien « d’innocent » paradoxalement, et qui revient comme un leitmotiv dans toutes les politiques génocidaires. Ce livre est aussi une réflexion sur la banalité du bien. Une banalité du bien, qui existe même -surtout, pourrait-on dire- dans un monde où l’individu est totalement nié, déshumanisé.

Parler d’autogénocide, c’est nier l’évidence
Quand les juges des tribunaux cambodgien[2] parrainés par l’ONU accordent des circonstances atténuantes au criminel de guerre Duch, ou lorsque des psychiatres et des intellectuels expliquent que la révolution khmere s’apparente à un « autogénocide », Rithy Panh s’insurge : « Le crime contre l’humanité au Cambodge, aurait été spécifique. En partie explicable par un certain quiétisme lié au bouddhisme. Par une tradition, aussi, de violence paysanne. Comme si ce génocide était culturel, voire prévisible. ». Il évoque aussi maître Vergès, l’avocat de Duch et de Khieu Samphân, l’un des dirigeants les plus importants de l’Angkar, le régime de Pol Pot[3]. Des « amis de jeunesse » que Jacques Vergès a fréquentés dans les années 1950, alors qu’ils étaient étudiants à Paris. Vergès n’est pas le seul à défendre la thèse selon laquelle il n’y a pas eu de « crime voulu », de génocide[4], de famine organisée, « pas autant de morts qu’on le prétend »...
Rithy Panh n’a pas oublié la réaction de certains journalistes et intellectuels, français notamment, qui ont défendu le régime de Pol Pot en prétendant que le Kampuchéa démocratique était une bonne chose, et qu’ils croyaient que le régime voulait « éduquer les masses ». « Pour ma part, je persiste » écrit Rithy Panh, « il y a eu au Kampuchea démocratique un crime de masse et une famine. La privation est le moyen d’extermination le plus simple, le plus efficace ; le moins coûteux, ; et le moins explicite. ». Comme aux Temps de la Chine de Mao ou de l’Union soviétique de Staline. Les dictateurs ont fait preuve de calcul politique, mais aussi de perversité, en affamant les masses : ceux qui meurent de faim sont tellement occupés à essayer de survivre qu’ils n’ont pas la force de se révolter.
Oser prétendre que le régime de Kampuchéa était un système égalitaire et une chance pour le peuple cambodgien, c’est nier le génocide. Comment ne pas comprendre la colère de l’ancien enfant qui a survécu aux camps de travail khmers rouges ? Prétendre que ceux qui défendaient ce régime innommable ne savaient rien des exactions commises par l’Armée révolutionnaire du Kampuchéa est un mensonge inexcusable. Cela revient à nier la torture infligée à des innocents pendant des semaines jusqu’à ce que mort s’ensuive. Nier « l’élimination » des nourrissons morts d’avoir été violemment projetés contre des troncs d’arbre. Nier la pratique de la vivisection sur des êtres humains vivants. Nier les « prises de sang » sur des femmes qui mourront vidées de leur sang, un bien précieux réservé pour soigner les militaires blessés du régime de Pol Pot. Nier que des millions de Cambodgiens ont été déplacés, affamés et envoyés dans des camps de travail. Nier que des enfants d’une dizaine d’années ont été enrôlés massivement dans l’armée révolutionnaire pour conduire leurs propres parents dans les camps ou pour les tuer. Nier que près d’un tiers de la population cambodgienne est morte de mauvais traitements, d’épuisement ou de faim, de 1974 à 1979, durant ces longues années de terreur.

Le siècle des bourreaux
Duch fuit ses responsabilités, ou prétend qu’il a oublié… qu’il était un bureaucrate et qu’il n’a pas entendu les cris des suppliciés torturés des nuits entières, voire qu’il ne savait pas que des tortures étaient commises. « Dissonance cognitive[5] » sans doute… Et lorsque Rithy Panh lui glisse sous le nez des ordres écrits de sa main indiquant « A torturer » ou « A détruire », il pense se dédouaner en déclarant que le régime commandait, et que lui n’était qu’un exécutant. « Nul ne peut croire qu’il n’était qu’un rouage parmi d’autres dans la machine de guerre » affirme Rathy Panh. Un maillon dans un processus d’extermination « comme s’il n’y avait ni responsable ni projet. ». La défense du criminel Duch n’est pas sans rappeler celle des principaux dirigeants nazis au procès de Nuremberg
Je me souviens de la visite, dans mon collège, d’un représentant de Médecins du Monde. Le jeune homme essaimait les écoles pour tenter de sensibiliser l’opinion publique au calvaire que vivait alors le peuple cambodgien. C’était en 1978. Mes camarades de classe et moi avions été bouleversés par son témoignage. En rentrant à la maison, j’avais demandé à mes parents pourquoi rien n’était fait pour sauver les victimes des Khmers rouges, pourquoi des enfants étaient martyrisés et des bébés assassinés. Aujourd’hui, des lycéens interrogent sans doute leurs parents pour tenter de comprendre pourquoi les enfants syriens continuent à être torturés par le régime sanguinaire de Bachar el-Assad… Il ne s’agit pas de comparer les crimes contre l’humanité, ni de nommer génocide[6] tous les crimes massifs, mais l’assassinat d’un peuple doit toujours être dénoncé. Certains parlent de la « bestialité » des crimes contre l’humanité. Or l’être humain est la seule espèce au monde à perpétrer des génocides ; les animaux n’ont pas ce fantasme de la pureté du peuple ou de la « race ». On peut dire que le XX° siècle aura vu l’apothéose de la barbarie humaine. ; il aura été le siècle des bourreaux.
L’Histoire risque de se répéter si l’on n’y prend garde. « Je ne comprends pas pourquoi personne ne venait à notre aide. » s’interroge encore Rithy Pan. « Pourquoi nous étions abandonnés. C’était insupportable, la souffrance, la faim, la mort partout. Et le monde se taisait. Nous étions seuls. ». Voilà pourquoi le travail de mémoire effectué par lui, et avant lui par Primo Levi, Elie Wiesel ou Claude Lanzmann pour ne citer qu’eux, est essentiel. Le Kampuchéa démocratique n’avait rien à envier au Troisième Reich nazi. Pol Pot, comme tous les grands dictateurs sanguinaires, de Staline à Mao en passant par  Kim Jong-il et même Kadhafi ou Bachar el-Assad, n’ont pas grand-chose à envier à Hitler. Quand tout est permis, il n’y a plus de limites. Le but est d’annihiler l’ennemi, de le détruire, « d’effacer » jusqu’à la moindre trace de son existence en lui volant son âme par un processus de déshumanisation, puis en brûlant son corps. Rithy Panh cite Duch : « On détruit l’ancien monde pour en construire un nouveau. On veut fabriquer une nouvelle conception du monde. » Toujours la même vieille rengaine… Il dit encore : « Les camarades arrêtés étaient des ennemis, pas des hommes. ». Tout est résumé dans cette phrase terrible.

Même dans les tréfonds de la nuit la plus sombre, l’espoir aussi peut renaître
Il y a une différence énorme entre ne rien faire et agir… entre se montrer lâche en restant passif et torturer par conviction ou pour se faire bien voir de ceux qui terrorisent. Non, en chacun de nous ne sommeille pas un bourreau. Je partage l’optimisme et la confiance de Rathy Panh : je crois moi aussi qu’on a toujours le choix, qu’au fond de chaque enfant, de chaque femme, de chaque homme, peut se tapir une autre « banalité », celle du bien, du geste qui sauve. Une banalité du bien trop souvent oubliée, tant les bourreaux fascinent par la violence, la démesure et l’inhumanité de leurs crimes. En dépit de ma grande admiration pour la philosophe Hannah Arendt[7], non, ce qui vaut pour les uns ne vaut pas pour tous les autres. Non, ce qui vaut pour Eichmann ne vaut pas pour tout le monde, pas plus que ce qui vaut pour Duch ne vaudrait pour tous. Rithy Panh est convaincu que l’« On ne naît pas bourreau, on le devient(…) Pas plus qu'on ne naît bourreau, on ne naît résistant, juste, généreux. ». C’est le message d’espoir délivré par l’ancien enfant affamé et terrorisé des rizières, devenu un cinéaste renommé. « Je ne nie pas que certains bourreaux puissent être ordinaires, ou qu’un homme ordinaire puisse devenir un bourreau. » écrit-il encore. « Mais je crois à l’individu dans son unicité. Je m’intéresse à son parcours émotionnel, familial, intellectuel ; à la société dans laquelle il évolue.(…) Je reviens sur ma formule : ni sacralisation ni banalisation. Duch n’est pas un monstre ou un bourreau ordinaire. Duch est un homme qui pense. Il est un des responsables de l’extermination. Il faut le regarder dans son parcours : s’il pouvait affiner ses méthodes à M13, ce n’est plus nécessaire à S21. S’il pouvait épargner un homme à M13, il ne l’a pas fait à S21. ».
Il n’y a pas de fatalité à l’inhumanité. Il y a -et il y aura toujours probablement- des « collaborationnistes » en herbe, des sadiques, des psychopathes, des traîtres, des lâches, des passifs… et il y aura toujours des résistants, des héros ordinaires, ces femmes, ces enfants et ces hommes qui refuseront de vendre leur âme et resteront, grâce à leur courage, des êtres humains dignes de ce nom. En effet, si l’on croit qu’il n’y a aucune différence entre le bourreau et celui qui prétend qu’il ne sera jamais bourreau au motif que notre monde aurait perdu toute raison et que la souffrance deviendrait trop insupportable, penser l’avenir et penser l’humanité, avec cette épée de Damoclès qui plane au-dessus de nos têtes, reviendrait à renoncer à ce qui fait justement notre humanité.
Les dizaines de millions de morts perpétrés au nom de la race aryenne, de « l’égalité des conditions », du « grand bond en avant » ou des « ennemis du peuple »[8]… ne peuvent être oubliés. C’est pourquoi le travail de mémoire de Rithy Panh et de tous ceux qui ont connu l’innommable est indispensable. Mais dans les tréfonds de la nuit la plus sombre, au fond des ténèbres[9], l’espoir aussi peut renaître, comme le montre ce livre. Alors, si je devais retenir un seul des messages de Rithy Panh, ce serait celui-ci : « J’ai affronté cette histoire avec l’idée que l’Homme n’est pas foncièrement mauvais. Le mal n’est pas nouveau ; le bien non plus, mais, je l’ai écrit, il y a aussi un banalité du bien ; et une quotidienneté du bien. ».

Un signal d’alarme
Ce livre doit agir sur nous comme un signal d’alarme. Il doit nous alerter sur la fragilité des démocraties, nous rappeler que derrière l’intolérance et l’idéologie restent tapies dans l’ombre la haine de l’autre, l’envie d’éliminer celui qui pense différemment. De « l’effacer », dirait Rithy Panh. Dans ce contexte troublé, où des leaders populistes et certains médias s’entendent pour exploiter les peurs, il est urgent de s’inquiéter. Quand les individus sont de plus en plus nombreux à perdre leurs repères, ils s’accrochent au premier marchand d’utopie venu, à celui qui leur promet une vie meilleure. Mais nous savons que c’est un leurre. Utopia n’existe pas… ou alors il faut choisir entre sécurité et liberté, entre repli sur soi et « vivre ensemble ». Voulons-nous d’une société qui prône le nationalisme et la discrimination, ou voulons-nous « faire France » ? Voulons-nous « Mieux vivre ensemble » ? Pour reprendre des expressions, certes dans l’air du temps, mais qui font sens.
Je crois que nous sommes encore suffisamment nombreux à vouloir vivre dans un monde ouvert sur les autres, dans une société qui ne craint pas la différence. Mais les sociétés occidentales démocratiques ne sont pas à l’abri. Elles peuvent elles aussi basculer dans le chaos. Ces mauvais signaux, comme la montée des nationalismes en Europe ou la résurgence du fascisme sous le gouvernement de Viktor Orban en Hongrie notamment, devraient nous alerter et renforcer notre vigilance. Le temps est venu de se poser très sérieusement cette question : que voulons-nous faire de notre XXI° siècle ?

*Rithy Panh est un cinéaste franco-cambodgien, et un rescapé des camps de travail khmers rouges qu’il a connu alors qu’il était âgé de 13 ans. Il a réalisé de nombreux films et des documentaires sur le Cambodge du temps des khmers rouges : Site 2. Les gens des rizières (sélectionné à Cannes en 1997). Bophana, une tragédie cambodgienne. S21, la machine de mort Khmère rouge. Duch, le maître des forges de l’Enfer... Il est aussi l’auteur des livres : La machine khmere rouge (avec Christine Chaumeau. Flammarion, 2003 et 2009) et Le papier ne peut pas envelopper la braise (avec Louise Lorenz. Grasset, 2007). Sa bio sur Wikipédia.
Christophe Bataille est romancier. Il a reçu le prix du Premier roman, des Deux Magots pour son livre, Annam (Arléa, 1993) et de la Vocation pour Absinthe (Arléa, 1994). Il a également publié chez Grasset : Le rêve de Machiavel (2008), Quartier général du bruit (2006), J’envie la félicité des bêtes (2002), Vive l’enfer (1999) et Le Maître des heures (1997).

[1] L’élimination. Rithy Panh avec Christophe Bataille. Grasset, 2011 (336 pages, 19€).
[2] Duch a finalement été condamné à 30 ans de prision pour « crimes contre l'humanité » en 2010.
[3] Pol Pot (de son vrai nom Saloth Sâr, 1928-1998) chef politique et militaire des Khmers rouges, une organisation communiste, nationaliste, révolutionnaire d’inspiration maoïste. Il est mort en 1998 sans avoir été jugé pour ses crimes contre l’humanité. Sa dictature politique, véritable régime de terreur, s’est imposée de 1975 à 1979 sous le nom de Kampuchéa démocratique.
[4] Définition du « génocide » par La Cour Pénale Internationale (CPI, article 6 du Statut de Rome, 17 juillet 1998) : « Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. ».
[5] L’une des théories les plus célèbres de la psychologie sociale, développée en 1957 par le psychologue social américain Léon Festinger (1919-1989), professeur à Stanford (Palo Alto, Californie).
[6] Définition du « génocide » par La Cour Pénale Internationale (CPI, article 6 du Statut de Rome, 17 juillet 1998) : « Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. ».
[7] Hannah Arendt (1906-1975). La banalité du mal est le concept philosophique développé par la philosophe dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal (1963) suite au procès à Jerusalem du criminel de guerre nazi. Selon Arendt, il existerait une « banalité du mal » selon laquelle un être humain banal, comme Eichmann un petit fonctionnaire zélé soumis à l’autorité, suivrait les consignes les plus ignobles de ses chefs sans s’interroger sur leurs conséquences, simplement par sens du devoir. Une attitude coupable pour la philosophe, mais qui pourrait expliquer comment les régimes totalitaires agissent sur la nature humaine. Elle suscita la polémique en affirmant que ceux qui choisissaient d’obéir aveuglément n’étaient pas si différents de ceux qui pensaient en être incapables. En d’autres termes, en chacun de nous sommeillerait un bourreau. De quoi inquiéter effectivement !
[8] « L’ancien peuple » : les ouvriers et les paysans. Le « nouveau peuple » : les bourgeois, les intellectuels, les propriétaires, encore appelés les « 17 avril » (en référence au jour de la prise de la capitale, Phnom Penh, le 17 avril 1975, par les Khmers rouges), des « oppresseurs », des « ennemis du peuple », à rééduquer dans les camps de travail à la campagne ou à exterminer.
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Quelques points de repère pour les plus jeunes (liens, références, ouvrages, articles ou films pour aller plus loin) :
- Pol Pot, la dictature politique du Kampuchéa démocratique et les Khmers rouges
- « Douch, L’énigmatique tortionnaire khmer rouge ». Par Jean Sévillia (Le Figaro, 17/09/11)
- Si c’est un homme de Primo Levy, également auteur de La trêve et de Le système périodique
- La Nuit d’Elie Wiesel
- Nuit et brouillard d’Alain Resnais (1955)
- « Il existe aussi une banalité du bien, porteuse d’espoir ». Par Véronique Anger (Billets d’humeur, Les Di@logues Stratégiques)
- « C’est Milgram qu’on assassine ! » Par Véronique Anger (Billets d’humeur, Les Di@logues Stratégiques)
- Enquête exclusive sur la montée du nationalisme sur sur M6 : « Le retour des extrémistes » (15/01/2012)
- Documentaire sur « Ces Français qui ont choisi Hitler » France 3 (16 et 21/01/2012)
- « L’Europe a-t-elle perdu la guerre des idées ? » (à propos du livre L’ensauvagement de Thérèse Delpech (Grasset, 2005). Les Di@logues Stratégiques).
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- Pourquoi le Cambodge est-il bombardé par les Américains ? À la fin des années 1960, les Etats-Unis, qui soutiennent le régime de Lon Nol, sont en guerre contre le Vietcong. Les forces du Front national pour la libération du sud Vietnam se réfugient au Cambodge d’où elles arment le Front national de libération du Vietcong. Le Cambodge subit alors des bombardements incessants de l’armée américaine qui tente d’anéantir les forces du Vietcong. Des bombardements qui auront pour conséquence de conduire de nombreux Cambodgiens à soutenir le régime de Pol Pot lorsque celui-ci prendra Phnom Penh. La République populaire de Chine fournira également de l’argent aux Khmers rouges pour acheter des armes.
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- Dans Le Figaro du 17/09/2011, cet extrait de l’article de Jean Sévillia « Douch, L’énigmatique tortionnaire khmer rouge ») : « Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. En 48 heures, la capitale cambodgienne est vidée de ses habitants. A Paris, des journaux éminents saluent une « audacieuse transfusion de peuples » (Jean Lacouture dans Le Nouvel Observateur) ou « L'enthousiasme populaire » (Patrice de Beer dans Le Monde). 2 millions de Khmers sont astreints aux travaux forcés et les massacres commencent, visant d'abord les intellectuels, les bourgeois, les cadres de l'ancienne société. 4 ans durant, le pays vit frontières fermées. Le nombre de victimes varie selon les sources de 1,7 à 2,2 millions de morts et de disparus sur une population d'environ 7,9 millions d'habitants. ».
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- Le contexte (source : Wikipédia) : « Les forces communistes menées par Saloth Sar triomphent de l’armée de Lon Nol le 17 avril 1975, date à laquellePhnom Penh tombe entre les mains des Khmers rouges, considérés au départ comme une force libératrice par la population. Saloth Sâr se fait alors connaitre comme le « frère numéro un » et adopte son nom de guerre : Pol Pot. Il est le membre le plus important de l'Angkar, forme abrégée d'« Angkar padevat » (en khmer, « Organisation révolutionnaire »), dont le nom cache le Parti communiste du Kampuchéa, organe suprême du gouvernement desKhmers rouges. Dès leur prise de pouvoir, les Khmers rouges soumettent le pays à la dictature. Se servant de la légitimité du GRUNC pour gouverner, Pol Pot et ses alliés mettent en place un régime totalitaire qui entreprend rapidement d'éliminer tout individu lié au gouvernement de Lon Nol. Sous le prétexte, fictif ou réel, d'une attaque américaine imminente, Phnom Penh est pratiquement vidée de ses deux millions d'habitants dans les jours qui suivent. Assimilés au capitalisme, tous les citadins, à la pointe du fusil, sont forcés d'aller travailler dans les campagnes. Pendant près de quatre ans, les Khmers rouges font régner la terreur dans le pays, s'acharnant particulièrement sur la population urbaine et sur les intellectuels. Des prisons d'État sont instituées dans tout le pays, dont la plus connues resteS-21 à Phnom Penh. Ce centre de détention voit passer, entre 1975 et 1979, plus de 20 000 détenus, dont beaucoup d'enfants. Sept seulement survécurent. Les personnes internées sont ensuite menées à des terrains d'exécution. Sur celui de Choeung Ek, à 17 km au sud-ouest de Phnom Penh, se trouve aujourd'hui un mémorial contenant les ossements des victimes. Tout ce qui pouvait rappeler la modernité ou l'Occident est systématiquement détruit, telle la cathédralecatholique de Phnom Penh et la Banque nationale du Cambodge, toutes deux détruites par les flammes en 1975. La monnaie, la famille, la religion et la propriété privée sont abolies. Le Cambodge est coupé du monde. ».

Pr Daniel Nocera : « La feuille artificielle ouvre la voie à une énergie durable et accessible aux pauvres »



Sourire charmeur, regard clair et pénétrant, le Pr Nocera affiche cette décontraction typique des professeurs d’université qui enseignent sur les grands campus nord-américains. Si le nom de Daniel Nocera n’évoque rien pour vous, c’est que vous ne lisez jamais les pages scientifiques des journaux… ou alors que vous étiez dans un coma profond. On ne parle que de sa « feuille artificielle » (« artificial leaf technology ») depuis des semaines.

La nature pour inspiration
Le Pr Nocera et son équipe du MIT (Massachussetts Institute of Technology) ont développé une technologie « bio-inspirée » qui permet de reproduire artificiellement la photosynthèse naturelle[1] et de créer à faible coût une énergie durable, bon marché et ultraportable.
Jusqu’à présent, les scientifiques savaient expliquer les différentes étapes de la photosynthèse, mais ils ne savaient pas l'imiter sans recourir à l’électrolyse, un procédé qui réclame une source d'énergie extérieure importante et coûteuse. Sans éolienne, panneaux photovoltaïques, centrale (traditionnelle ou nucléaire), usine marée motrice (barrage)... pour fournir l'électricité nécessaire, impossible de reproduire la photosynthèse. Certes, il était possible de produire et de stocker l'énergie, mais seulement en employant les grands moyens… Compte tenu du coût de l’opération, le bilan est plutôt décevant finalement. La grande nouveauté apportée par le Pr Nocera est de parvenir à reproduire la photosynthèse sans recourir à l’électrolyse.

Une énergie durable, bon marché et ultraportable dans moins de 5 ans ?
La solution de Daniel Nocera a toutes les chances de devenir « l’énergie du futur », car elle présente le double avantage d’être plus respectueuse de l’environnement tout en étant accessible financièrement aux populations des pays qui ne disposent pas d’énergies fossiles. Selon les concepteurs de la solution, il suffit de jeter la « feuille artificielle » composée d’une cellule solaire en silice et de matériaux catalytiques dans un récipient d'eau ordinaire (même polluée…) et de l’exposer au soleil pour séparer, selon le processus de la photosynthèse, l’oxygène de l’hydrogène (qui composent les molécules d’eau) et ainsi générer un courant électrique. Un procédé[2] qui permet donc de produire de l’hydrogène, mais aussi de le stocker (ce que permet difficilement l’électricité) avant de l’utiliser comme source d’énergie dans une pile à combustible.
La feuille de l’équipe du MIT n’a besoin que de la lumière du soleil pour créer son électricité et utilise des matériaux peu onéreux et abondants dans la nature (silice, le cobalt ou le nickel…) alors que les processus utilisés jusqu’à maintenant faisaient intervenir des solutions corrosives et des matériaux catalytiques rares et coûteux (du platine notamment). Même s’il reste à améliorer les problèmes de collecte et de stockage, cette technique très innovante pourrait fournir une énergie durable et bon marché au monde entier. De nombreux laboratoires travaillent ardemment sur ces questions aux quatre coins de la planète et le Pr Nocera annonce des progrès rapides et fait le pari de commercialiser ce procédé d’ici à quatre ou cinq ans.
« Tel un prêcheur, je parcours le globe pour diffuser la bonne parole… » se décrit lui-même le Pr Nocera, une lueur malicieuse traversant ses prunelles dorées. « J’espère convaincre les scientifiques du monde entier de s’engager sur cette voie de recherche ». Ne nous y trompons pas, « Preacher Nocera » est tout sauf un illuminé. Ce respecté chimiste, titulaire de la chaire « Henry Dreyfus Professor of Energy » au MIT, vient en effet de publier les résultats de ses remarquables expériences dans Science magazine[3] le 29 septembre dernier. Des recherches financées en partie par le milliardaire indien, Ratan Tata, qui vient de signer un accord avec lui pour construire une petite centrale électrique (de la taille d’un réfrigérateur) dans les 18 prochains mois dans l’espoir de pouvoir ensuite commercialiser le procédé mis au point dans le laboratoire du MIT. Le propriétaire des automobiles Tata Motors partage, en effet, la même « vision » que Daniel Nocera : l’énergie du futur doit être « durable » et accessible aux plus pauvres partout dans le monde. C’est aussi en cela que les travaux du Pr Nocera sont révolutionnaires : ils sont porteurs d’espoir pour les populations des pays non producteurs d’énergies fossiles.

Rencontre avec un chercheur-humaniste
Certes, les chimistes ne sont pas les alchimistes d’antan et aujourd’hui plus personne n’essaie de changer le plomb en or… Cela étant dit, les alchimistes des Temps modernes que sont les chimistes sont tout de même parvenus à transformer du pétrole en or noir ! Assurément, l’idée de fabriquer à moindre coût une énergie peu polluante et dont bénéficierait l’humanité tout entière a de quoi faire rêver. Les chimistes du XXI° siècle réussiront-ils à transformer des feuilles artificielles en énergie durable, en or « pur » ? Seront-ils les « alchimistes » qui sauront comment transformer l'eau en énergie avec un zeste de soleil... tout en faisant la fortune de leurs mécènes en même temps que le bonheur de l’humanité ? « Notre but est que chaque maison d’Inde ou d’Afrique possède bientôt sa propre centrale électrique. ». Dixit le Pr Nocera. Un discours non conformiste qui semble faire des émules. Voilà en tous les cas l’immense défi que semblent prêts à relever les scientifiques de plus en plus nombreux qui marchent sur ses traces.
Le Pr Nocera était de passage à Paris la semaine dernière. Je l’ai interviewé à l’issue de sa conférence intitulée « The artificial leaf » (« La feuille artificielle »), dans le cadre du colloque sur les technologies bio-inspirées de la Fondation Ecologie d’Avenir[4] au CNAM. Entretien avec un personnage à l’enthousiasme communicatif, un chercheur-humaniste motivé par une conviction contagieuse magnifiquement résumée par Aristote : « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. ». En langage « nocerien », cela signifie qu’il serait grand temps de penser différemment pour trouver des solutions originales. Temps aussi de les partager avec le monde entier afin de rétablir l'équilibre entre riches et pauvres.
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Véronique Anger : Pensez-vous avoir une chance de décrocher le prochain prix Nobel de chimie ?
Daniel Nocera: Moi ? Oh… non ! Je ne m’inquiète vraiment pas de cela, parce que la seule récompense qui me tiendrait réellement à coeur, ce serait de réussir à aider les gens pauvres à accéder à une énergie bon marché. La science ne s’occupe pas des pauvres, alors que c'est cela qui importe vraiment pour moi : mettre la science au service des pauvres.

VA: Votre discours de scientifique est assez inhabituel. Pourquoi tenez-vous tant à aider les pauvres, vous êtes un altruiste ?
DN: C’est égoïste en fait. La plupart des gens pensent que j’ai envie d’aider les gens pauvres parce que je suis une bonne personne, alors qu’en réalité ce sont les gens pauvres qui vont m'aider… En France, en Europe, tout comme en Amérique d’ailleurs, nous avons du mal à adopter de nouvelles technologies parce que beaucoup d'autres technologies énergétiques existent déjà et sont difficiles à remplacer pour des raisons économiques et politiques. Nous avons déjà trop investi dans ces technologies.
Je dis seulement aux pauvres gens : aidez-moi ! Les pays pauvres peuvent aider le monde en lui montrant une nouvelle façon de travailler. Une autre raison de travailler avec les pays pauvres est  qu’ils n’ont pas hérité d’une énergie imposée, il est donc plus facile de créer une technologie nouvelle. Vous n’avez pas à vous battre contre les lobbies du pétrole ou du nucléaire pour vous imposer sur le marché de l’énergie. Les pays pauvres non producteurs d’énergies fossiles ne disposent ni des infrastructures, ni d’un « passé énergétique ». Elles pourraient donc adopter de nouvelles techniques beaucoup plus facilement et beaucoup plus rapidement et, ensuite, enseigner leur savoir-faire au reste du monde. C'est un peu comme lorsque la neige tombe, que tout est pur et qu’il n'y a aucune trace. Alors vous commencez à marcher, vous tracez un chemin et, tout à coup, tout le monde emprunte à peu près le même chemin. Il n’existe pas « d’héritage » qui contraigne les pauvres à suivre les traces de qui que ce soit, et moi je veux montrer le chemin du « solaire » pour l'avenir.

VA: Pensez-vous que l’énergie solaire sera la principale énergie utilisée dans le futur?
DN: Je pense que le solaire sera l’énergie de l’avenir. Je le crois vraiment. Mais le photovoltaïque ne fonctionne que lorsque le soleil brille, or vous avez besoin d’une technologie de stockage efficace pour pouvoir utiliser le photovoltaïque quand vous en avez besoin, c’est-à-dire même sans ensoleillement. En réalité, je n’ai pas besoin d’utiliser des panneaux solaires pour faire fonctionner mon procédé, car les feuilles artificielles intègrent naturellement le photovoltaïque. Vous savez pourquoi je suis sûr que l'énergie solaire ouvrira la voie ? Parce que l'énergie solaire et la photosynthèse ont commencé sur Terre il y a plus de 2 milliards d'années. Les êtres humains ont essayé quelque chose de différent depuis seulement 150 ans et il s’avère que ça ne fonctionne pas aussi bien que cela. Nous allons donc revenir à ce qui a fait ses preuves depuis deux milliards d'années… le solaire ! Tout simplement parce que la centaine d’années à utiliser du combustible fossile (polluant, cher…) n’a pas été suffisamment satisfaisante.

VA: Que pensez-vous de la décision du président Obama d'investir 200 milliards de dollars dans un « smart grid[5] » à l’échelle des Etats-Unis?
DN: Cela me dérange… M. Obama veut faire un smart grid parce que l'Amérique a déjà investi beaucoup d'argent dans le réseau de distribution d’électricité. Vous savez, cette solution est  très dangereuse. Le smart grid n’est pas sécurisé, il est possible de pirater les ordinateurs, de mettre les réseaux informatiques et de distribution d’énergie en panne, etc. Donc, si vous voulez préserver la sécurité énergétique et distribuer de l’électricité dans chaque maison en y installant sa propre centrale électrique, l'Amérique n’a pas besoin de smart grid pour ça. Je préférerais donc que nous n'ayons pas de smart grid, mais si nous optons malgré tout pour ce choix, je souhaiterais que ce soit un réseau vraiment « intelligent » et vraiment sûr. Or l’énergie solaire et les autres énergies renouvelables ne peuvent pas se greffer sur l'infrastructure actuelle qui est trop instable. Si le smart grid était vraiment intelligent,  l’énergie serait solaire.

VA: Je crois que M. Ratan Tata, le milliardaire indien propriétaire de Tata Motor s’intéresse beaucoup à votre projet. A-t-il investi dans vos recherches ? Dans combien d'années pensez-vous qu’il sera possible de commercialiser votre technologie?
DN: Je ne parle pas à la place de M. Tata qui dirige un grand conglomérat, mais vous avez lu ses déclarations dans The Economist ? Il dit que nous devons vraiment commencer à prêter attention à la classe moyenne naissante du monde. En cela, nous avons la même vision. M. Tata partage également ma vision, selon laquelle la lumière du soleil et l'eau est un procédé simple de produire de l’énergie. C’est la voie à suivre pour l'avenir, pour pouvoir fournir de l’énergie durable et bon marché aux pauvres.
M. Tata s’est engagé à investir dans la construction d’une petite centrale électrique qui utilisera notre solution. Pour l'instant, la technologie de « la feuille artificielle » est encore au stade expérimental. Le combustible fossile reste bon marché, il est donc difficile de pénétrer le marché. En tous les cas, je travaille dur pour ça ! J’essaie d'inspirer la communauté scientifique du monde entier pour qu’elle y travaille dur elle aussi et j’espère que la production commerciale sera possible dans un délai de 4 à 5 ans.

VA: Vous présentez la technologie de « la feuille artificielle » partout dans le monde ?
DN: Oui, partout. Je veux partager mon travail avec les scientifiques du monde entier. Je me sens un peu comme  un « prêcheur » qui  essaie de faire réfléchir les gens, de les faire penser d'une manière différente. J’ai envie qu’ils se lèvent le matin en étant positifs, qu’ils soient capables de penser autrement…

VA: Qu’avez-vous pensé du public qui assistait à votre conférence ce matin au CNAM ?
DN: Je suis très content d’avoir participé à ce colloque. J’ai été très impressionné par les questions et par le fait que, parmi l’assistance, beaucoup de personnes travaillaient dans le secteur de l'industrie nucléaire. Que ce type de public se déplace à un colloque comme celui-ci me semble un message très positif pour la France. Je pense que c'est très bon signe pour l'avenir. Vos scientifiques font preuve de curiosité en venant m’écouter et en discutant avec moi après mon exposé. Des gens comme Martha Heitzmann[6] par exemple, de la direction de la Recherche et de l’Innovation d’Areva, sont venus me voir. C'est un très bon signe pour la France : il est toujours bon d’écouter les autres ! Ils souhaitent contribuer à l’émergence d’une nouvelle science et gardent les yeux et l’esprit grand ouverts pour trouver de nouvelles solutions.

Par Véronique Anger-de Friberg. Version française de l’interview réalisée le 14/10/2011.
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Ce qu’il faut savoir à propos du Pr Daniel Nocera :
Le Pr Daniel Nocera est chimiste, spécialiste de la chimie inorganiqueprofesseur de chimie au MIT, titulaire de la chaire « Henry Dreyfus Professor of Energy ». Ses travaux ont permis de développer un catalyseur pour la réduction de l'eau en hydrogène en employant des sels de cobalt et du phosphate. Il est membre de la National Academy of Sciences (Académie nationale des Sciences, USA) depuis 2009 et il a reçu (entre autres distinctions) le « MIT School of Science Prize for Excellence in Undergraduate Teaching » en 2005 et le American Chemical Society Award in Inorganic Chemistry en 2009. Il est, par ailleurs, directeur de publication de la revue scientifique ChemSusChem (publication d’articles à l'interface de la chimie et de la durabilité.
Daniel Nocera dirige également la société Sun Catalytix, une société de stockage d'énergies renouvelables créée pour commercialiser la science révolutionnaire du laboratoire de recherche du Professeur Daniel Nocera au MIT. Avec la nature comme inspiration, Sun Catalytix essaie de combiner la lumière du soleil et l'eau pour fournir à grande échelle et à un prix abordable de l'énergie renouvelable. Sa bio.

[1] « Processus bioénergétique qui permet aux plantes et à certaines bactéries de synthétiser de la matière organique en exploitant la lumière du soleil. Les besoins nutritifs de ces organismes sont dudioxyde de carbone, de l’eau et des sels minéraux. La photosynthèse est à la base de l'autotrophie de ces organismes. La photosynthèse est la principale voie de transformation du carbone minéral en carbone organique ». (Source : Wikipédia).
[2] Les bulles d’oxygène et d’hydrogène produites par photosynthèse sont placées dans une pile à combustible où s’effectue la réaction inverse : l’hydrogène et l’oxygène se recombinent pour produire de l’eau et de l’électricité.
[3] Wireless Solar Water Splitting Using Silicon-Based Semiconductors and Earth-Abundant Catalysts (Steven Y. Reece, Jonathan A. Hamel, Kimberly Sung, Thomas D. Jarvi, Arthur J. Esswein,Joep J. H. Pijpers and Daniel G. Nocera. Science 29 September 2011: 1209816. Published online 29 September 2011[DOI:10.1126/science.1209816]. En ligne sur le site de Science : http://www.sciencemag.org/content/early/2011/10/04/science.1209816.abstract?sid=09b14da0-ef9c-4c1b-9a8f-d52c7ae1e311
[4] Colloque « Technologies bio-inspirées » au Conservatoire National des Arts et Métiers le vendredi 14 octobre 2011 de 9H à 17H, sous la direction de Marc Fontecave, Claude Allègre et Christian Amatore. Conférenciers : Daniel Nocera (MIT), Vincent Artero (CEA), Yann LeCun (université de New York), Yves Bréchet (Grenoble-INP), Peter Fratzl (Max-Planck Institut) et Clément Sanchez (Collège de France). Une rediffusion en ligne est prévue sur le site de la Fondation.
[5] L’expression Smart grid s’inspire de power grid, qui désigne le réseau de distribution d'électricité en mettant l’accent sur « l’intelligence », valeur ajoutée par l’informatique au réseau de distribution d’électricité, en permettant d’optimiser la production et la distribution d’énergie et en mettant en relation producteurs et consommateurs d'électricité en fonction de l'offre et de la demande.
[6] Martha Heitzmann a quitté la direction de la Recherche et Développement du groupe Air Liquide pour rejoindre le groupe Areva, en mars 2011, en tant que directeur de la Recherche et de l’Innovation. Elle est, par ailleurs, membre des Conseils d'Administration du CNRS, d'AREVA Med et du CEA et membre du Comité Scientifique et Ethique.

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Pour aller plus loin :
- La vidéo d MIT : « The artificial leafe » sur Youtube
- La vidéo de Daniel Nocera sur Youtube : « Dan Nocera : personalized energy »
- Le site du Pr Daniel Nocera : Sun Catalytix
- Le laboratoire de Sun Catalytix (vidéo)
- « Une feuille artificielle reproduit la photosynthèse pour créer de l’énergie » (dépêche AFP du 29/09/2011). Ou, en intégral à la fin de ce « Di@logue Stratégique »).
- « Tata signs up MIT energy guru for power from water » (livemint.com. The Wall Street Journal. March 23, 2011)
- Lire l’interview de Marc Fontecave professeur au Collège de France, « Technologies bio-inspirées : quand la nature est une inépuisable source d’inspiration ».
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(Dépêche AFP) – 29 sept. 2011
WASHINGTON — Des chercheurs américains ont créé une feuille artificielle capable de transformer la lumière du soleil directement en énergie pouvant être stockée pour être utilisée ultérieurement, selon leurs travaux publiés vendredi dans la revue américaine Science.
Cette feuille -- une cellule solaire en silice avec différent matériaux catalytiques attachés sur les deux côtés-- ne nécessite aucun branchement externe ni de circuit de contrôle pour la faire fonctionner, expliquent-ils.
Il suffit de placer cette feuille dans un récipient rempli d'eau et exposé à la lumière du soleil, précise Daniel Nocera, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), le principal auteur de cette communication datée du 30 septembre.
La feuille commence alors rapidement à produire des flots de bulles d'oxygène sur un côté et d'hydrogène sur l'autre.
Si cette feuille est mise dans un conteneur avec une paroi séparant ses deux faces, les bulles produites peuvent alors être récupérées et stockées pour être utilisées ensuite afin de produire de l'électricité.
Ainsi, en plaçant les bulles d'oxygène et d'hydrogène dans une pile à combustible elles se combinent de nouveau en eau tout en produisant de l'électricité dans ce processus, explique le professeur Nocera.
Cette feuille est entièrement composée de matériaux abondants et bon marché comme surtout la silice, le cobalt et le nickel et fonctionne dans de l'eau ordinaire, précise-t-il.
Les autres systèmes pouvant utiliser la lumière du soleil pour séparer l'oxygène de l'hydrogène formant l'eau utilisaient des solutions corrosives ou des matériaux assez rares et chers, tel le platine.
Cette dernière feuille artificielle consiste en une couche fine de semi-conducteurs en silice, le matériau utilisé dans la fabrication de la plupart des cellules solaires.
Ces semi-conducteurs transforment l'énergie solaire en un flot continu d'électricité sans fil à l'intérieur de la feuille.
Une couche de cobalt comme catalyseur qui libère l'oxygène un carburant potentiel.
L'autre face de la feuille de silice est recouverte d'une couche d'un alliage de nickel, de molybdène et de zinc qui permet de libérer l'hydrogène des molécules d'eau.
"Je pense qu'il va y avoir un vrai potentiel pour cette idée", juge, confiant le professeur Nocera.
"On ne peut pas être plus portable que cela", poursuit-il soulignant que ce système n'a pas besoin de fil, est très léger et ne requiert pas beaucoup d'équipement supplémentaire autre qu'un système pour capturer et conserver les bulles d'oxygène et d'hydrogène", explique ce chercheur.
"Il s'agit seulement de jeter la feuille artificielle dans un verre d'eau et l'oxygène et l'hydrogène commencent à émerger", insiste-t-il.
Toutefois ce nouveau système n'est pas encore prêt pour la production commerciale, puisque le système de collecte et de stockage notamment reste à développer, relève le professeur Nocera.
La création de cette feuille artificielle "est un pas" mais qui "va dans dans la bonne direction", conclut-il.